Le coup de la panne, saison 2

Samedi passé, alors qu’on traversait une ville de taille moyenne dans la moiteur de la fin d’après-midi, plus possible de passer les vitesses. Au moment de se ranger sur le bas-côté de la route de contournement de Milas, on ignorait qu’on s’apprêtait à passer presque une semaine ici…

Un dépanneur en or

Pour la deuxième fois en quatre mois, Louise nous a fait le coup de la panne. Elle est réparée depuis hier soir et on reprendra la route demain, vendredi. On aura donc usé et abusé 6 jours durant de l’hospitalité turque. Car alors qu’on pensait dormir dans le bus au fond d’une zone industrielle glauque en attendant d’être pris en charge par un garage, le dépanneur nous a spontanément ouvert la porte de sa maison et de celle de sa famille. (le traducteur du téléphone nous stipulait : « vous pouvez rester dans ma boutique », ce qui nous a bien fait marrer). Impossible de refuser, ou de négocier en acceptant de manger avec eux mais de dormir dans le van ensuite. De quoi mettre les larmes aux yeux, alors qu’on nous offrait un lit propre et moelleux, un repas, la possibilité de prendre une douche, un énième café alors qu’on avait dit non, un jus de fruit avant d’aller dormir, des sourires jusqu’aux oreilles, de l’aide pour tout ce dont on aurait besoin…tout le quartier est passé nous dire bonjour voir nos tronches (après avoir expliqué plusieurs fois qu’on vient de Suisse, tout ce beau monde continue de penser qu’on vient de France) et sortir quelques mots d’anglais. Même si on n’arrivait pas vraiment à communiquer, sauf avec le traducteur, tout le monde a tellement pris soin de nous alors qu’on ne se connaît « ni en noir ni en blanc », a répété plusieurs fois Philippe. Une nouvelle grosse claque dans la figure, et la promesse d’essayer de nous changer nous-mêmes, et d’accueillir nos prochainEs avec autant de générosité à l’avenir si un jour on a de nouveau un toit en dur sur nos caboches.

En plus de nous dépanner (yeah !) aussi pour l’hébergement, notre sauveur nous a en fait remis entre les mains de sa maman, qui nous a nourri et abreuvé en thé et autres limonades comme si on sortait d’une traversée du désert. Dimanche, après un copieux petit-déjeuner turc (concombre, tomate, 3 sortes de fromages, olives, pain, « menemen » = sorte d’omelette aux légumes mais en meilleur, pâte de pavot, miel etc), il fallait tout à coup partir pour aller à un mariage… on a alors rejoint d’autres personnes du voisinage et on a marché quelques centaines de mètres pour arriver dans une sorte de fête au village, où jouait un orchestre de musique traditionnel avec force tambours. Des dizaines de personnes étaient venues dîner. Apparemment, le marié et la mariée célèbrent leur union dans leur quartier respectif avant de faire la fête ensemble. On nous a expliqué que le confinement venait d’être levé il y a une semaine et que les mariages pouvaient enfin reprendre. Surtout que l’été est LA grosse saison pour ça. Depuis, on en voit au moins 3 par jour quand on se balade dans les rues de Milas.

Et comme le dimanche, c’est sûrement aussi un peu le jour du seigneur ici, on a enchaîné (faut dire qu’à peine le dîner terminé, notre joyeuse troupe a levé le camp du mariage) avec une fête de circoncision. L’heureux élu, un petit bonhomme de 7 ans, était déguisé en sultan et avait été assis sur un chameau, sur lequel il semblait minuscule et dont il avait très peur. La tradition consiste à lui faire faire un tour en chameau, puis à partager un repas, exactement le même qu’on venait de déguster au mariage d’ailleurs, servi dans les mêmes barquettes et avec le même fond sonore (mais cette fois, on a sauté notre tour !)

Le garage turc, une aventure en soi !

Et puis lundi matin est arrivé. Emre, le dépanneur, a amené le bus au garage et nous avec. On a de nouveau dégainé le traducteur. La communication a tout de suite été compliquée, et niveau mécanique, ça ne s’annonçait pas simple non plus… A première vue, c’était un problème de boîte à vitesses. On ne comprenait presque rien de ce que nous disait le garagiste, qui lui-même tentait d’établir un diagnostic, mais on est devenuEs sacrément pâles quand les seuls mots qu’on a percutés ont été « Istanbul » et « Ankara »… Au fil des heures de ce chaud lundi, il s’est avéré d’abord que le véhicule était trop vieux pour trouver des pièces de rechange en Turquie, puis que la pièce devait être envoyée à Izmir pour être réparée, puis non qu’en fait, elle pouvait être réparée ici, et finalement que non, elle partirait quand même à Izmir… bref ! des longues séances ponctuées de rires dans l’atelier d’Hakan, mais qui semblent avoir permis de retaper le tout. Même si la deuxième vitesse « va un peu dur », il nous faudra rouler comme ça, désormais !

1012 questions à l’heure

Depuis le début de la semaine, tout n’a cessé de se bousculer dans nos têtes. On a eu passablement de temps pour réfléchir à ce qui nous arrivait, à ce qu’on aurait dû faire, à ce qu’on va faire ensuite. Et si la réparation n’est pas possible ? et si ça lâche de nouveau dans quatre mois ? Et si on rentrait ? Et si on rentrait pour vendre Louise et acheter un autre bus ? Et si on rentrait pour vendre Louise et voyager avec des ânes ? La marche, c’est pas mal non plus comme mode de voyage ? Et le vélo ? Et le vélo électrique ?
Si tout rentre dans l’ordre, est-ce qu’on continuera à beaucoup rouler ? Finalement, est-ce qu’on a vraiment besoin de traverser tout le pays ? Vaut-il mieux avoir vu plein d’endroits en vitesse, ou peu d’endroits en prenant le temps d’y rencontrer des gens et de bien connaître ces lieux ?

Prendre son mal en patience comme on peut en attendant la remise sur pied de Louise…

On a tout vu en noir, eu l’impression que c’est la fin du monde (oui, on sait, on exagère). Et une demi-heure après, on relativisait. Ça aurait pu être un accident. On a encore la santé, des sous, du temps (tomber en panne au milieu du pays deux jours avant la fin de notre autorisation de séjour, ça aurait été moins drôle, hein !)

Et puis finalement hier soir, au terme d’une après-midi et un début de soirée hauts en couleurs, Philippe a pu récupérer Louise et sa boîte à vitesse…

Sans la panne, on n’aurait pas…

Sans la panne, on n’aurait pas connu Emre, ni sa maman, ni leurs voisins et voisines. On n’aurait pas essuyé une lourde défaite au backgammon à deux contre un voisin. On n’aurait pas vécu de fêtes traditionnelles. On n’aurait pas appris un tas de choses sur la culture et le quotidien des gens ici. On n’aurait pas atterri ensuite chez Tarik et Nele, qui ont pris le relais pour nous héberger. On n’aurait pas cohabité avec chèvres, poules et canards et nettoyé leur maison pour rendre service à nos hôtes. On n’aurait pas vu une des 7 merveilles du monde antique, le mausolée d’Halicarnasse, en allant visiter le musée de la ville sur recommandation de Tarik. On n’aurait pas passé une chouette journée (mais tout de même un peu tendue en attendant des nouvelles de Louise) à la plage, sur recommandation de Nele. Valentine n’aurait pas baby-sitté deux bouts de chou bilingues flamand/turc pendant que Philippe galérait en scooter dans des quartiers « peu recommandables » avec le garagiste pour trouver un distributeur de billets qui fonctionne…

Nous serons restéEs chez cette famille truco-belge de couchsurfers quasiment toute la semaine. Encore un coup de notre bonne étoile. Après la panne, Valentine a tenté en désespoir de cause de contacter un couchsurfer indiquant se trouver à Milas. Il faut dire que ce réseau est génial, mais il ne fonctionne pas forcément partout. Pour la faire courte, c’était un grand coup de chance de trouver une personne dans cette ville, qui soit disponible et qui nous réponde. Surtout que Tarik vient de réactiver son profil il y a deux semaines environ après des années d’inactivité… Lui, sa femme Nele et leurs deux enfants nous accueillent dans leur maison des abords de la ville. Encore une fois, on est traitéEs comme un couple royal. On aurait pu aller à l’hôtel. Mais entre une chambre froide et impersonnelle ou la perspective d’une soirée dans leur jardin avec les chèvres à côté, des discussions intéressantes et des échanges de bons procédés pour soulager leurs journées bien remplies, le choix saute aux yeux !

780’000 km2 divisés par 90 jours

On a donc pris du retard sur le super planning qu’on avait pris la peine d’ébaucher juste avant la panne pour voir un maximum de choses en 90 jours dans ce pays de… 780’000 kilomètres carrés ! Si ça, ce n’est pas une belle preuve que les plans ne servent à rien ! On le sait et on ne cesse de se le dire, mais comment trouver le juste milieu entre ne rien prévoir du tout et quand même avoir une ligne conductrice. C’est grave, docteur ? On n’en sait trop rien, par contre la maxime qui dit que « ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin » résonne très fort en nous depuis le début de la semaine !

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